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Quelles solidarités entre les générations, après la conférence du 19.3.2009


 EDITO

 Philippe Loppé

 

Le Projet d’agglomération, 2020, un projet pour l’agglomération grenobloise exprime le dessein d’un avenir fédérateur, visant à concilier préoccupations sociales, économiques et environnementales. Ce projet d’agglomération n’aura de sens et de portée que si les habitants, les acteurs socio-économiques et les usagers se l’approprient et le partagent. Cela implique de s’inscrire dans une démarche pérenne d’expression et d’écoute du territoire et d’exploiter la richesse de nos origines et de nos expériences afin d’imaginer collectivement notre avenir. C’est dans cet esprit qu’a été initié le cycle des jeudis du projet d’agglo (JPA) comme un processus largement ouvert de réflexions et d’échanges sur l’avenir de l’agglomération.

 Les JPA se tiendront le troisième jeudi de mars, juin, septembre et décembre 2009, 2010, 2011 et 2012, de 18h à 21h.

Vous tenez entre vos mains ou lisez sur votre écran le 1er numéro du Fil des jeudis du projet d’agglo. L’ambition de cette publication trimestrielle est de valoriser et de capitaliser le travail préparatoire et les débats qui constituent le matériau de chacun des JPA. Portant sur un sujet de société, l’objectif du Fil des jeudis du projet d’agglo consiste à apporter des éléments d’information, à repérer les initiatives existantes dans l’agglomération, à alimenter le débat et à identifier des pistes d’actions collectives.

Le 19 mars 2009, nous avons choisi d’aborder la question des solidarités entre générations. Ce sujet est en effet au coeur des préoccupations portées par le Projet d’agglomération, qu’il s’agisse de l’attractivité et du développement économique de notre agglomération, de la qualité de vie pour toutes et tous à tous les âges de la vie et enfin de la conception d’un urbanisme adapté aux différentes étapes de la vie. Trois questions ont été abordées :

> Quelles activités et quels lieux pour permettre la rencontre entre les générations ?

> Quelles articulations entre vie professionnelle et vie sociale, de l’intégration des jeunes au départ à la retraite des seniors ?

> Quel accompagnement des pouvoirs publics pour le « vivre et faire ensemble » ?

Sur le mode opératoire qui sera le même pour chacun des JPA, des initiatives innovantes sont repérées dans l’agglomération. Elles sont présentées dans les encadrés au long du document (voir le document en Pdf).
Une quinzaine de personnes, actives sur la thématique, ont participé à deux réunions d’un groupe de travail préparatoire, qui s’est réuni en amont du JPA.
Le matériau rassemblé lors de ces séances a constitué la mise initiale, débattue avec une assemblée plus large lors du JPA du 19 mars. Outre la prise de parole, les participants ont porté leurs réflexions ou interrogations par écrit sur des petits cartons. Répercutées par l’équipe d’animation au fil du débat, elles ont permis à chacun de s’exprimer sans forcément prendre la parole.

 

Lors de cette séance, nous avons eu le plaisir d’accueillir Serge Guérin, sociologue, spécialiste de la « séniorisation », qui vient de publier La société des seniors, ainsi que Matthieu Poirot, enseignant en management des organisations, dont les travaux portent sur la cohabitation des générations dans l’entreprise. Ils ont présenté des expériences conduites dans d’autres agglomérations et dans d’autres contextes. Le rôle de ces grands témoins a consisté également à préciser les tendances lourdes à l’oeuvre dans notre société et à identifier les signaux faibles porteurs d’évolutions quelque fois surprenantes. Par leurs travaux académiques ils ont permis une certaine généralisation afin d’ancrer résolument nos travaux dans une logique de développement local et d’échapper à un « développement bocal ».

Au nom de l’équipe d’animation des JPA, je tiens à remercier les membres du groupe de travail préparatoire, les deux témoins, ainsi que l’ensemble des participants au JPA pour la qualité de leurs contributions.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous donne rendez-vous le jeudi 18 juin 2009 pour le prochain JPA.

Philippe Loppé
Conseiller délégué à la participation citoyenne
Communauté d’agglomération Grenoble-Alpes Métropole

 


 

 

 
 
SAVOIRS

 

Nous vivons une situation inédite à l’échelle de l’humanité  ! En Occident pour la première fois, 4 voire 5 générations vivent ensemble ! L’espérance de vie continue de croître d’un trimestre par an, le nombre des 80 ans et plus explose. Une évolution si rapide qu’elle n’était pas imaginable, pas « anticipable »…alors même que les projections établies par les démographes la prévoyaient clairement ; nous n’y sommes guère préparés. Pourtant, à l’inverse de la régression démographique de la plupart de ses voisins, la France dispose d’un taux de fécondité qui induit « une pyramide des âges heureuse  ». Cela permet de prévoir un renouvellement stable de la population (voir le simulateur de population sur www.ined.fr).

Des 3 âges aux 7 étapes de la vie 

Aujourd’hui, nos représentations des âges et des rapports entre générations n’ont pas suivi cette accélération démographique : nous sommes dans une révolution sociale, nous dit Serge Guérin, il faut rajeunir notre regard sur l’âge. On ne peut plus s’en tenir aux trois âges de la vie : enfance, âge adulte, vieillesse. Ce découpage ancestral s’est progressivement complexifié avec des distinctions et des sous-distinctions, entre l’enfance et la jeunesse puis au sein de la jeunesse entre la pré-adolescence, l’adolescence, la post-adolescence et l’adulescence. Les sociologues parlent à présent de 7 étapes dans la vie : l’enfance, l’adolescence, la post-adolescence, l’âge adulte, la pré-retraite, la retraite, la vieillesse.

L’analyse à partir de la vie au travail 

L’entrée dans la vie active « stabilisée » est repoussée vers l’âge de 25 ans, voire 30 ans. Par ailleurs l’entreprise considère les salariés comme seniors à partir de 55 ans voire de 45 ans. La génération pleinement au travail est donc de plus en plus réduite (de 30 à 45 ans). Ce temps très court (15, 20 années) pour construire sa vie professionnelle augmente les tensions dans cette période où, dans le même temps, « on doit réussir » sa vie personnelle et familiale.
Le rapport des jeunes au travail a évolué : ils sont plus mobiles, à disposition, sous contrats précaires, alors même qu’ils sont plus diplômés en entrant dans la vie active.

La situation des plus de 55 ans n’est pas plus simple. Elle est soumise à une injonction paradoxale : laisser la place aux plus jeunes dans l’emploi et rester au travail plus longtemps pour l’équilibre des retraites. Le discours dominant est désormais celui du maintien dans l’emploi… sans que les réalités suivent, notamment parce qu’on ne s’est pas suffisamment préoccupé de concevoir de nouvelles approches du travail, adaptées à cet âge de la vie.

Une vision dynamique : l’allongement des temps transitionnels
adolescence et "séniorescence"

L’adolescence s’est « intercalée » entre l’enfance et l’âge adulte et a pris de plus en plus de place (dès 10 ans et parfois jusqu’à 30 ans). L’allongement de la durée de la vie produit un phénomène similaire entre l’âge adulte et la vieillesse.

Spontanément on voit l’allongement de la vie comme un temps qui se rajoute en fin de vie : on parle alors de 3e et 4e âge. La vieillesse correspond à une perte d’autonomie progressive jusqu’à la dépendance. Elle ne commence donc plus à l’âge de la retraite fixée à l’époque à 60 ans. Entre l’âge adulte et la vieillesse, un nouvel âge s’invente socialement qu’on peut appeler seniorescence (comme on parle d’adolescence). Ce nouveau temps transitionnel peut être vu comme un temps à part entière, avec des responsabilités tant envers les générations qui suivent qu’avec celles qui précèdent et qui entre souvent dans la dépendance. On parle de la « génération pivot » ou de la « génération sandwich » selon la vision qu’on a de cette situation !

Les notions d’âges se sont complexifiées, et qui plus est, les temps de transition entre ces temps de vie sont devenus extrêmement flous. Il devient délicat de nous situer nous-mêmes dans cette palette à en croire les avancées du groupe de travail préparatoire, quand chacun définit sa propre génération : « pas encore senior, post-babyboomeuse, génération 68, post-jeune… ».

 « Un nouvel âge s’invente entre l’âge adulte et la vieillesse. On peut l’appeler seniorescence. Ce nouveau temps de transition peut être vu comme un temps à part entière »

 Pour autant, on constate des invariants : la notion de génération fait sens, le thème du conflit entre les générations n’a pas disparu, et l’importance de la transmission est réaffirmée. Mais ces notions se sont elles aussi complexifiées : on pense le conflit des générations sur un mode économique plus que moral, on imagine des solidarités à double sens (services ou coups de pouces des vieux envers les jeunes, solidarité sociale des actifs vers les inactifs…), et l’on considère plus aisément que la transmission et l’apprentissage peuvent devenir réciproques. Ce ne sont plus nécessairement les anciens qui vont instruire les novices, les jeunes vont aussi parfois enseigner à leurs aînés.

Autrement dit : halte à l’intergénérationnel à sens unique, sur le registre de l’attention aux anciens. Voilà l’occasion de questionner nos représentations les plus stéréotypées, celle de la compassion envers des vieux nécessairement dépendants, celle de la condescendance envers des jeunes forcément incompétents. Et n’oublions pas les autres générations, intermédiaires puisque l’enjeu est ici le « vivre tous ensemble » dans la ville du 21e siècle. Pris sous l’angle de la solidarité, la question des relations entre générations ouvre des pistes de réflexion et d’actions nouvelles, au-delà des solidarités traditionnelles (aides et soutiens intra-familiaux, système de retraite par répartition…). Nos adaptations à la crise actuelle, et par ailleurs les initiatives locales émergentes le démontrent. 

« Si les jeunes générations ont le sentiment qu’elles vivront moins bien que les précédentes (…), comment faire vivre la solidarité intergénérationnelle  ?  »

 

 
 

ECHANGES

 

Où l’on se rencontre

 Le premier lieu de la solidarité entre générations est la famille. Certains se réjouissent d’en bénéficier, d’autres s’inquiètent des situations d’isolement et de fragilité (familles recomposées, géographiquement éparpillées…). Elle reste en tous cas pour Serge Guérin un pilier central d’identité, même si ce n’est plus forcément la famille PME (papa – maman – enfants), avant de pointer les nouvelles solidarités de proximité qui s’inventent : 18% des aidants de proximité ne sont pas des membres de la famille.

Quelles sont donc par ailleurs les pratiques de proximité qui permettent que les générations se côtoient, ou mieux, se rencontrent ? Les activités festives, culturelles et créatives sont abondamment citées : les bars et les bals, la fête des voisins, des pratiques artistiques partagées (chant, théâtre, danse), des activités du quotidien telles que la cuisine ou le jardinage. Autant de terreau à des pratiques qui transcendent les âges.

Outre les activités propices, l’échange entre générations passe aussi par des lieux qui s’y prêtent, comme les bibliothèques par exemple. Autre illustration : le cas d’une cantine scolaire grenobloise qui va accueillir prochainement les personnes âgées d’un foyer tout proche. Les jardins partagés (jardins de poche, jardins en pied d’immeuble…) peuvent aussi permettre des activités communes. 

« Les réseaux d’échanges réciproques de savoirs sont des lieux privilégiés d’échanges intergénérationnels » 

Mais encore faut-il trouver les bons créneaux horaires et dépasser les représentations hâtives des uns sur les autres. Retournons à la bibliothèque : on ne la fréquente pas aux mêmes horaires selon les âges ; et l’on peut se trouver dérangeants les uns les autres, parce que trop remuants… ou à l’inverse parce qu’un rien grincheux… Changer les représentations réciproques, cela peut se travailler, c’est l’ambition par exemple du café des âges de l’association Alertes.
 

 

De multiples manières d’être en activité

 Il y a bien des manières d’être actifs, dans et aussi hors du monde du travail. Un monde du travail et de l’entreprise dans lesquels les définitions des générations et de leurs relations prennent un tour encore différent.

Dans cet univers, le thème du conflit des générations reste là aussi vivace, car au fond les trois générations qui cohabitent dans le monde du travail n’ont pas les mêmes modes de reconnaissance, estime Matthieu Poirot. Il distingue :

> la génération X, les 45 ans et plus, avec un principe d’égalité (contrats stable, progression à l’ancienneté),
> la génération Y, les 30-40, plus circonspecte sur l’entreprise, avec un principe d’équité (des différences de traitement sont acceptables quand elles sont justifiées),
> la génération 2.0, née avec Internet, avec une culture de l’immédiateté et un principe de satisfaction instantanée des besoins. 

 Des relations complexes s’instaurent, d’autant plus qu’avec l’accélération technologique, renchérit Serge Guérin, les différences entre générations jouent parfois sur des tranches d’âge de 5 ans. On dépasse donc nettement la seule question des entrées et sorties de carrière, des rapports entre les plus jeunes et les plus vieux. 

« Comment créer un environnement de travail, un lieu de socialisation, qui puisse concilier principes d’égalité, d’équité, et de besoins individuels à satisfaire immédiatement ? » 

Précarité et mobilité pour les plus jeunes, pression cumulée pour la génération pivot, sortie prématurée de l’emploi pour les anciens : au fond l’entreprise identifie les problèmes mais ne parvient pas encore à les traiter au bon niveau. La plupart des DRH conçoivent que la question est cruciale, mais pointent les difficultés (pression financière, délais…), et ne disposent pas de solution type, pour reprendre les termes de la contribution de Cécile Massit et Bruno Lamotte, économistes à l’Université Pierre Mendès-France et responsables d’un programme de recherche sur le sujet (Part@ge).

 Pour sa part, Matthieu Poirot identifie une autre difficulté inédite, la coupure digitale : on a cassé une dynamique naturelle de transmission, des aînés vers les débutants. Informatisation et numérique ont brutalement valorisé des savoir-faire portés par les plus jeunes, les anciens apparaissant comme disqualifiés ! En d’autres termes ces derniers ne peuvent plus s’investir dans une fonction de transmission dans leur dernière partie de carrière. On cite ici le cas des entreprises informatiques où les plus de 50 ans sont quasiment absents.

Dès lors, avec un regard plus optimiste, on voit que les situations d’apprentissage deviennent plus variées, plus réciproques : c’est l’hypothèse de Serge Guérin d’une coopération entre les générations, plus égalitaire. En tant que médecin du travail dans la banque, Catherine Bolze montre bien que chaque tranche d’âge peut apprendre des autres, sur la gestion du stress par exemple : les jeunes sont plus dynamiques mais avec moins de recul, ils sont donc plus fragiles, alors que les plus âgés supportent mieux le stress sur le long terme.

 Un autre chantier semble essentiel, celui de la préparation des transitions. Pour les jeunes d’abord, en regrettant comme Maryse Oudjaoudi (Bibliothèques Municipales de Grenoble), qu’on leur demande d’être directement opérationnels, sans créer le sas pour qu’ils s’intègrent. A ce titre, dans le cadre du service civil proposé par Unis-Cité, les jeunes volontaires (outre leur engagement citoyen) sont amenés à découvrir le monde de l’entreprise, via les sociétés partenaires de l’association, un premier contact pour dédramatiser le milieu professionnel.

Autre temps de transition, plus sensible encore, celui du départ à la retraite, dont la réussite doit se concevoir en amont. Plusieurs formules sont évoquées : retraite progressive, temps partiel choisi… L’essentiel est d’en finir avec la perception de la retraite comme un couperet entre actifs et inactifs : je suis retraité et je travaille, revendique un participant. 

« La retraite, ce n’est pas une mort sociale. C’est l’opportunité de faire plein de choses, de faire autrement. Un temps d’adaptation, de découvertes, de nouvelles formes d’engagement »

 Et chacun convient que « l’utilité sociale des seniors », l’incitation à l’engagement doit s’amorcer avant, quand ils sont encore en activité professionnelle.

 

Habiter à tous les âges de la vie

Le thème de l’habitat s’avère particulièrement fécond quant à la coopération entre les générations. Plusieurs initiatives le démontrent, comme celle de DIGI, une formule d’habitat partagé dans laquelle un étudiant bénéficie d’une chambre chez une personne âgée, en contrepartie de services rendus.

Sur un registre différent, les formules d’habitat groupé, un temps tombées en désuétude, retrouvent beaucoup de vigueur dans des projets portés par des collectifs ou des associations. L’objectif est de concevoir des projets d’habitat collectif dont la promotion et la gestion sont portées par les habitants. On peut y mutualiser des locaux ou des moyens. A Grenoble, l’association les HabILES donne une dimension intergénérationnelle à un projet de ce type, qui accueillerait un tiers de personnes âgées.

 En filigrane, on entend ici qu’en faisant preuve de créativité dans l’habitat et la ville, la maison de retraite n’est pas la solution unique et forcément collective.

Il s’agit de :
> penser les différentes fonctionnalités des logements (architecture, ergonomie, etc.) pour permette aux gens de rester chez eux le plus longtemps possible,
> trouver des formes d’entraide de proximité, entre voisins,
> repenser l’usage des logements quand ils deviennent trop grands (en louer une partie, pour un locataire de manière permanente, ou pour des utilisations ponctuelles par des voisins),
> proposer des services de proximité utiles (par exemple, les pousse-pousse conviviaux, parfois plus adaptés aux besoins des anciens que les transports en commun).

 

 
 
PROJECTIONS

 Quels peuvent être l’apport ou le rôle des pouvoirs publics en général et de la Métro en particulier pour faciliter, activer les solidarités entre générations ?

 

Vers un habitat et un urbanisme de cohabitation

Sur les projets d’habitats collectifs, la collectivité est fortement sollicitée pour accompagner les projets, sur les plans de l’information et du conseil, de la technique et du foncier. La transformation du logement des personnes âgées, leur permettant de rester chez elles avec de nouvelles situations de vie et de partage des locaux, peut aussi être encouragée. Et pourquoi ne pas aménager des appartements modulables, évolutifs selon les besoins spécifiques aux différents âges de la vie.
Ce peut être le rôle des pouvoirs publics de permettre le déploiement de ces formules.
 
« Ne faudrait-il pas prévoir des aménagements pour mieux partager l’espace public ? »
 
Et la question déborde largement du domaine privé, pour occuper l’espace public. Car on relève ici des difficultés de vie commune : des lieux désertés par les anciens à certaines heures, des lieux occupés le soir de manière bruyante ou impropre par des plus jeunes… En bref, il faut repenser le partage de l’espace, adapter les actions d’urbanisme pour faciliter la mixité des usages. Le développement des modes doux de transports joue aussi un rôle, pour un rapport apaisé et sécurisant pour les plus jeunes et les plus vieux dans l’espace public.

 

Sur ces deux registres, c’est aussi la définition d’une ville durable qui se dessine :
> une ville dont les équipements ont été pensés en tenant compte de l’évolution possible des usages, c’est-à-dire en pensant leur réversibilité,
> à travers l’habitat intergénérationnel, une ville plus sociale (cela crée des liens) et plus écologique (on densifie l’habitat, on évite de nouvelles constructions),
> une « ville pour tous », à l’instar du « design for all », c’est-à-dire dans laquelle les avancées techniques conçues pour les plus fragiles (personnes âgées, handicapées) bénéficient finalement à tous.
 
Sur ce dernier point, le Professeur Alain Franco qui est à l’origine d’une consultation « gérontechnologique » au CHU de Grenoble intègre cette logique du « design for all » ou design pour tous. Si les technologies visant à faciliter l’autonomie s’adressent en premier lieu à des personnes âgées dépendantes et à leur entourage, elles peuvent permettre au-delà, des innovations qui compenseront d’autres formes de handicap, et au-delà encore bénéficieront à tous (exemple connu de la télécommande, imaginée d’abord pour des personnes handicapées).

 

Un levier pour penser différemment le développement local

Et pourquoi ne pas créer un indicateur d’intergénérationnalité, comme nouvel indicateur de richesse  ? On évoque également un trophée de l’intergénérationnel, un ministère des générations… mais il s’agit surtout de reconnaître et d’intégrer la richesse produite par les retraités, par ces « vrais-faux » inactifs.
 
« Si on valorise la richesse produite par les retraités à travers le bénévolat, on change leur image d’inactifs vivant des cotisations des actifs »
 
Plusieurs dimensions sont à prendre en compte ici :
> le fait de renforcer l’attractivité du territoire, s’il y fait bon « vivre ensemble »,
> la reconnaissance de l’importance de l’économie dite résidentielle : une population qui en a terminé avec la vie professionnelle génère pourtant de l’activité, des services, de la consommation, des emplois… Il est important de prendre cette activité en considération dans la conduite des politiques économiques, surtout en période de crise,
> une conception renouvelée de la richesse, particulièrement fructueuse en période de crise. Si l’on ne peut être riche seulement de biens, on peut l’être de liens.

 Pour Gisèle Perez, Vice-présidente du Conseil général et Présidente de DIGI, ce sont des capacités d’activité et d’entraide mutuelle qui peuvent être activées, un gisement de richesse humaines à développer pour les pouvoirs publics.

 

Décloisonner les politiques des âges dans la Cité

Il faut demander aux communes de travailler la transversalité des services, lance un participant, éviter de séparer les générations dans les politiques publiques, ajoute un autre. Si des politiques sectorielles (enfance, jeunesse, personnes âgées) sont bien indispensables, sans doute faut-il y adjoindre ce décloisonnement. L’exemple de la cantine scolaire ouverte à des personnes âgées l’illustre bien. Pour la Métro, l’interpellation vaut aussi en interne à la collectivité, pour une réflexion sur sa propre gestion des âges.

Dans certains cas, il s’agit aussi de ne plus traiter une tranche d’âge comme si elle était homogène, avec des besoins ou des difficultés identiques pour tous. C’est ainsi que le Syndicat Mixte des Transports en Commun est en train de réfléchir à la mise en place d’une tarification solidaire, qui ne se contente plus de considérer des catégories individuelles (étudiants, chômeurs, personnes âgées…) mais tient compte aussi du niveau de revenus du foyer.
 
« C’est peut-être la responsabilité de la collectivité de mieux préparer le passage de la vie professionnelle à la retraite » on change leur image d’inactifs vivant des cotisations des actifs »
 
Concernant le temps de transition des seniors vers la retraite, Serge Guérin prône des formules évolutives – retraite à la carte, retraite progressive – qui soient aussi des temps de préparation ou d’amorce de nouvelles activités : bénévolat, engagement, loisirs… L’engagement citoyen, le bénévolat, c’est permettre de rester dans le circuit, de rester connecté à tout âge, explique Magdalina Dimitrova de l’Afev.

Si le statut de bénévole joue son rôle, plusieurs acteurs réclament néanmoins un statut juridique pour le volontariat, intermédiaire entre salariat et bénévolat…. et pourquoi pas « tout au long de la vie », sur le modèle des sapeurs-pompiers volontaires. Pour sa part, Unis-Cité milite pour la mise en place du service civil volontaire… qui tarde à voir le jour !

 

Les temps de la rencontre

Le débat nous ouvre la porte vers le prochain JPA consacré aux « temps de la ville » le 18 juin 2009. En effet, la thématique a croisé plusieurs fois celle de l’intergénérationnel :

> il s’agit à présent de penser la ville en prenant en compte la singularité des différents rythmes de vie, pour que chacun trouve sa place dans l’espace public, et que les âges puissent cohabiter harmonieusement dans les mêmes espaces, aux mêmes heures. A d’autres moments, il s’agira de penser des lieux ou activités prévus pour certains (lieux de convivialité nocturne par exemple) sans peser sur les autres,

> quant au logement, au maintien à domicile, il ne va pas sans services de proximité, transports accessibles. La question de l’économie de proximité dans la vie de quartier croise celle des âges (les besoins des anciens) et des temps de vie (quels horaires pour quelles populations ?).

   

 

A suivre...
Vous pouvez consulter le projet d’agglomération ainsi que
les synthèses des JPA sur le site de la Métro : la-metro.fr
Pour tous compléments d’information sur les JPA,


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