
Vus par de Jean-Claude CHERHAL et Mélissa ALOUI
Notre société favorise le cloisonnement par l’âge. Le cloisonnement est un obstacle aux rencontres intergénérationnelles, il favorise un climat d’incompréhension, une méfiance envers des générations différentes. De ces sentiments naissent des préjugés.
Pour développer les relations inter générations, l’association ALERTES relaie l’organisation des Cafés des Âges en Isère depuis 2005.
L’idée vient de Belgique. Environ 400 Cafés des Âges ont eu lieu en France, à l’initiative de l’association nationale « Vieillir c’est Vivre », fondée et présidée par Mme Paulette GUINCHARD, ancien ministre aux personnes âgée, députée PS du Doubs avec M Denis JACQUAT député UMP de Moselle.
Le « café des âges » est un moment de débat entre générations différentes. Il est un moyen de faire prendre conscience à un large public que la société française vieillit. L’évolution de l’espérance de vie est une chance dans nos sociétés occidentales, mais elle augmente également les écarts entre les différentes générations. De cette réalité, il y a nécessité d’en parler, de se rapprocher pour imaginer des solutions nouvelles et faire éclore des projets, découvrir et accepter des points de vue différents du sien exprimés par d’autres générations.
Le « café des âges » a pour objectif la rencontre, le dialogue, l’expression d’une parole, un débat citoyen, la compréhension et un éventuel renforcement du lien social entre générations différentes, une réflexion de toutes les générations. Le café est l’occasion d’échanger sur des idées, des expériences ...
De quoi s’agit-il ?
Le but est de faire se rencontrer et discuter ensemble des personnes d’âges et milieux sociaux différents pour parler des changements intervenus dans la société concernant les questions du vieillissement et les relations nouvelles à imaginer entre générations.
Choisir un véritable café, bar ou restaurant, lieux conviviaux traditionnels, avec une tasse de café ou une consommation devant soi, permet tout de suite de montrer qu’il ne s’agit pas de faire une conférence de plus réservée à des professionnels de la gérontologie.
Comment cela se passe-t-il ?
Un animateur distribue la parole :
- Quelqu’un présente le déroulement du « café des âges » et fait la lecture de l’appel de l’association nationale « Vieillir c’est vivre, dites le ! ». Vous le trouverez ci-dessous.
- Le débat général s’engage à partir de l’appel (avis des un et des autres, témoignages, besoins non couverts ou émergents, expériences innovantes ou novatrices, etc.),
- Quelques mots de conclusions (préconisations) tirées par l’animateur du « café des âges », ainsi que par les éventuels décideurs institutionnels présents,
- signature de l’appel « Vieillir, c’est vivre : dites-le ! » par les participants du café des âges,
- On boit le verre de l’amitié, qui permettra de continuer d’échanger autour de projets qui pourraient émerger…
Le tout dure de 1h1/2 à 2h. Chacun dit librement ce qu’il veut. L’animateur veille simplement à ce que personne ne la monopolise trop, le but est de faire parler le maximum de gens, que tout le monde parle.
Une animation très courte de chant, théâtre ou humour peut être proposée au début ou à la fin pour donner de l’écho publicitaire à la rencontre et attirer plus de monde. L’animation qui est loin d’être indispensable, car bien qu’elle peut amorcer le débat, elle peut paradoxalement empêcher la libre parole ou prendre trop de place.
Cela demande surtout un travail de préparation des organisateurs
Concrètement, en Isère, l’organisation de chaque « café des âges » débute par une ou deux réunions de préparation entre Alertes et les associations investies. Ces organismes peuvent être des Unions de quartier, des MJC, CCAS, Mairies. Alertes définit avec elles l’organisation du café, aide à la logistique (affichettes, communication...). - pour inviter un public large et inhabituel pour informer les associations du quartier ou de la commune et choisir la date et le lieu avec elles.
Il faut surtout penser à associer des plus jeunes que les personnes âgées à la préparation en associant des organismes qu’ils fréquentent (clubs de sports, association d’étudiants, écoles de musique, parents d’élèves, lycées …).
Il est important d’informer les personnes en apposant des affichettes dans les lieux populaires : boulangeries, pharmacies... Le thème éventuel sera défini... La préparation est tout aussi importante que le café des âges en lui même, puisque c’est durant cette préparation que va se jouer l’implication de l’ensemble des associations et leur représentation du café et de ses objectifs et surtout la capacité à associer des générations de moins de 50 ans...
Chaque « café des âges » est unique,
On n’est pas obligé de recommencer.
Si d’autres cafés des âges sont organisés, suite à cette 1ère réunion — on choisira un thème qui convient à tous les âges —, le débat pourra être introduit (« nourri ») par la présentation d’un témoignage ou d’une expérience pour aller plus profond dans les échanges
Il n’y a pas deux cafés qui soient semblables. Ce qui change d’un café à un autre :
· Le lieu, le café initialement prévu dans un café peut être aussi réalisé dans d’autres lieux communs (salle d’animation...). Cependant Alertes préfère que le café ait lieu dans un « vrai café » ; mais ce n’est pas toujours possible, car il faut trouver un patron de café qui accepte d’accueillir ce débat. Certains propriétaires refusent pour ne pas gêner leur clientèle habituelle. D’autres cafés sont trop petits ou trop bruyants, et quelquefois les partenaires (CCAS et communes.) préfèrent valoriser les locaux municipaux. Le lieu café reste un lieu de fréquentation de chacune des générations et reste l’idéal dans la rencontre.
· L’implication des organisations le préparant.
· La tournure que prend la parole des personnes présentes.
Il y a peu d’obstacles en réalité pour cette organisation simple. Il faut du temps et une implication des associations, élus. Il est également important de penser à convier des personnes d’âges différents lors de la préparation et lors du café en lui même.
ALERTES dispose d’un modèle d’affichette tout prêt pour la publicité
Exemples de thèmes déjà évoqués en Isère :
- Amour(s) de jeunes, amour(s) de vieux,
- La solitude, amie ou ennemie ? comment l’apprivoiser ?
- Aujourd’hui qu’est ce qu’être vieux ? A quel âge est - on vieux ?
- Jeunes – Vieux, comment imagine t - on l’avenir dans 50 ans ?
- Les déplacements, hier, aujourd’hui,
- L’individualisme ? Pourquoi les jeunes ne sont-ils plus syndiqués ?
- Pourquoi a-on besoin de faire des fêtes ? comment les réussir ? échangeons nos expériences
- Les vieux sont-ils sympas ?
- Se marier : avantages ? Inconvénients ?
- Internet et les ordinateurs à la maison : pour ou contre ?
- Jeunes-vieux : qu’est-ce que le bien ?
- Loisirs d’hier, loisirs d’aujourd’hui
- Ils ne nous respectent pas
- Amours de jeunes, amours de vieux
- Solitude de jeunes et solitude de vieux
Pour conclure, nous pouvons nous questionner sur ce que cela nous a appris sur l’intergénération et sur des projets s’y approchant.
- Les générations les plus jeunes sont moins présentes lors des cafés, sont-elles moins demandeuses de dialogue et d’intergénération que les plus âgées ?
- Les initiatives incitatives sont indispensables pour encourager les générations les plus jeunes à participer aux cafés des âges et à tout projet intergénérationnel pour leur réussite.
- Pour que ces cafés des âges se développent il y a nécessité d’une forte implication des pouvoirs publics pour soutenir et encourager ces démarches. Il faut une réelle motivation des organisateurs et une compréhension du sens du café. Bien sûr le « café des âges » ne va pas déboucher sur des propositions concrètes à court terme. Le résultat de cette rencontre n’est pas immédiat, mais peut entraîner des changements de mentalités à plus long terme. A long terme les discussions peuvent permettre une prise de conscience et la création de nouveaux projets ; comme la mise en place d’un habitat intergénérationnel, en étant au plus proche de la parole de l’usager, de ses demandes, besoins et attentes.
Et pourtant ça marche
Les « Cafés des Ages » réunissent chaque fois de 30 à 100 personnes, avec en général 1/4 de jeunes de moins de 30 ans.
Depuis novembre 2005, plus de cinquante « cafés des âges » se sont déroulés à l’initiative d’Alertes : à Grenoble, Eybens, Fontaine, Seyssins, Seyssinet, Voreppe, Vizille, Saint-Martin d’Hères, et même Chambéry....

