Chers amis, Mesdames, Messieurs,
Il n’est pas dans mes habitudes de ne pas respecter mes engagements et je remercie mon épouse de vous lire ces quelques mots que j’aurais aimé vous dire moi-même. D’abord pour remercier Agnès De Galbert d’avoir pris l’initiative de réunir quelques anciens témoins de l’histoire, témoins du passé, tout en allant vers notre présent et notre avenir proche.
Agnès de Galbert montre ainsi que le centre de prévention des Alpes qu’elle anime si remarquablement, sait aller au delà de son rôle de sentinelle de l’état de santé des plus âgés. Je ne peux répondre à mon engagement d’être avec vous en raison d’une chute sur un trottoir proche de chez moi qui m’a quelque peu endommagé de sorte que je ressemble à un clown mal grimé – mais surtout chute dans l’inconscience la plus totale qui a conduit à la découverte d’un trouble du rythme cardiaque. Ce trouble peut se reproduire à tout instant et j’attends la pose d’un pace maker lundi prochain. Cette intervention sera donc la seule de ma part et je demande aux organisateurs de m’excuser si je dépasse les 5 minutes accordées en ne répondant qu’à la première question.
Je suis arrivé à l’université de Grenoble fin 1964 venant du Maroc où j’avais été envoyé à la demande des Marocains et en tant que Professeur au Val de Grâce pour contribuer à la mise en route d’une faculté de médecine – école de médecine à Casablanca, puis CHU à Rabat. Ayant demandé à rentrer en France je suis affecté à l’université médicale de Grenoble en tant que Professeur de Santé Publique où, sur le plan hospitalier, on m’attribue en attendant mieux un service de malades chroniques, ancien pavillon d’hospice avec des salles communes de 25 lits, qui devint en fait le premier service de gériatrie.
Je succède alors au Professeur Cabanel et comme lui je patienterai pour attendre mieux, ayant dirigé pendant plusieurs années un service de réanimation médicale au CHU de Rabat. Mais un évènement politique local change alors toutes les données. En mars 1965 la Mairie de Grenoble change de mains et passe dans celles d’Hubert DUBEDOUT.
Hubert DUBEDOUT trouve sur son bureau trois dossiers importants, l’un concerne l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 1968, un second concerne l’adduction de l’eau et un troisième celui des vieux.
Il faut rappeler qu’un recensement démographique national avait en 1958 appris au monde entier que la France avait désormais la palme d’or du vieillissement démographique pour avoir franchi la première la barre des 10% de plus de 65 ans. Le premier ministre de l’époque avait alors réuni une « commission d’étude des problèmes de la vieillesse » en en confiant la présidence à Pierre Laroque, Conseiller d’état, fondateur en 1945 de la sécurité sociale. Au bout de deux ans ce que l’on appelle toujours le « rapport Laroque » fut publié sous le nom de « politique de la vieillesse » qui fut alors la bible de la gérontologie naissante. Une circulaire ministérielle en signifiait les grandes lignes aux départements et villes de France mais faute d’accords budgétaires éventuels elle resta lettre morte, sauf à Grenoble.
En effet, Hubert DUBEDOUT n’enterre pas ce dossier et avec Denise BELOT adjointe aux affaires sociales il sollicite l’aide de ceux qui à Grenoble devaient connaître un peu ce domaine. Parmi eux le chef du service de Gériatrie (en devenir) du CHU, c’est-à-dire moi-même et Michel PHILIBERT Professeur de Philosophie affecté à l’institut d’études politiques de l’université des sciences sociales.
Michel PHILIBERT avait choisi ce thème pour sa thèse de philosophie « l’échelle des âges » qui fut publiée au Seuil. Simone de Beauvoir le cite souvent dans son célèbre livre « la vieillesse » et souvent aussi s’en inspira sans le citer. Michel Philibert est ensuite allé aux USA à l’université de Ann-Harbor du Michigan d’où il revint avec une thèse complémentaire « naissance de la gérontologie sociale ». Autour de Michel et de moi, une commission travaille à partir de 1965 et définit dans le détail ce que pouvait être une « politique municipale du vieillissement et de la vieillesse » et nous donna carte blanche pour mettre en œuvre les premières données. Je me plongeai alors à fond dans cette aventure.
Pour moi tout autre projet était désormais oublié et je fus souvent un des principaux fondateurs de certaines pièces de l’ensemble gérontologique qui allait naître. Je vais les citer sans forcément respecter l’ordre que j’ai un peu oublié.
En tout premier lieu, ce fut la naissance de l’Office Grenoblois des Personnes Agées (OGPA) qui se voulait à la fois lieu d’information, de concertation, de collaboration de tout ce qui existait déjà : des services de soins à domicile (urbains et ruraux), des institutions (ouverture des premiers foyers-logement), des centres de vacances. Claude MOLLARD, qui n’était pas encore Mme WEERS en fut l’artisane principale. Elle aussi figure parmi les pionniers de cette époque. L’OGPA qui devint l’UDIAGE fut le premier d’une série qui donna naissance à l’UNIORPA (Union Nationale des Offices de Retraités et Personnes Agées) fédération de 38 associations dont l’UDIAGE son fondateur vient de se retirer par décision (unique en France) du Conseil Général de l’Isère qui l’a rattaché à sa propre organisation administrative.
En 1969 naît ensuite le CPDG « Centre pluridisciplinaire de Gérontologie de l’Université des sciences sociales » qui s’installe au 2è étage du 5 rue de la Liberté et dont Michel PHILIBERT et moi étions les codirecteurs, ainsi qu’un centre d’examen systématique des personnes âgées, précurseur du CESPA d’aujourd’hui et dont les bilans de santé furent au début pris en charge par la sécurité sociale et le seront peut-être à nouveau demain.
Naissance aussi des centres de préparation à la retraite dans tous les quartiers de la ville ; ainsi l’initiative d’Hubert DUBEDOUT et la rencontre de Michel PHILIBERT m’ouvrirent une porte vers une discipline pour moi encore inconnue, porte qui ne s’est jamais depuis refermée.
Si la gériatrie était déjà apparue à Paris à l’hospice d’Ivry grâce au Professeur VIGNALOU (médecin du Président POMPIDOU) et à ses adjoints d’alors, Professeur BERTHAUX et Docteur BECK, par contre c’est à Grenoble qu’est née la gérontologie sociale et pendant plusieurs années, dans le centre de séminaires de St Hugues de Biviers se tenait une semaine mensuelle de formation où se réunissaient 100 représentants de toute la Francophonie d’Europe, du Québec et de quelques autres pays.
Notre enseignement se développa dans un local au 5 rue de la Liberté ainsi qu’à l’Institut d’études politiques de l’université des sciences sociales et à la faculté de médecine.
Vous avez donc compris que si Hubert DUBEDOUT n’avait pas pris l’initiative rapportée au début de cet exposé et si je n’avais pas alors rencontré Michel PHILIBERT je ne serais certainement pas entré en Gérontologie et n’aurais pas alors l’honneur et le plaisir de vous transmettre ces quelques mots.
Avec Michel PHILIBERT nous avions pensé confier comme sujet de thèse à l’un de nos étudiants « le vieillissement des gérontologues ». Il fallut alors constater que beaucoup d’entre eux dont Paul BERTHAUX à Paris et Gérard CUNY à Nancy ne profitèrent guère de leur retraite. Ce serait différent aujourd’hui et dans le prolongement de la séance imaginée par Marie-Agnès de GALBERT ce livre pourrait maintenant davantage voir le jour.
Bonsoir et tous mes vœux pour le bon déroulement de cet après-midi