INTERVENTION DU 16 OCTOBRE 2007
DE MR FERNAND LAPORTE
Au soir de ma vie, le besoin m’est venu de faire part à des enfants d’une période qui a déterminé largement le parcours de l’homme que je suis devenu : quatre années de participation à la Résistance, sous diverses formes de 1940 à 1945.
L’action menée en milieu scolaire par la Ligue de l’Enseignement de l’Isère, sous l’appellation « RESISTANCE EN CHEMINS » m’en a fourni l’occasion. Il s’agit de randonnées thématiques sur des sites de la Résistance permettant à des élèves de CM1, CM2, et de 6° de rencontrer d’anciens résistants et de recueillir leurs témoignages. Cette journée se déroulait au terme de plusieurs semaines de préparation avec les classes concernées et leurs enseignants. Vous trouverez au stand de la Ligue des documents plus explicites.
J’ai donc participé, en Juin 2007, à une sortie qui a conduit une centaine d’élèves à Autrans sur le Plateau de Gève, lieu d’implantation d’un ancien maquis du Vercors, avec un ancien responsable de ce maquis, Marc SERRATRICE, qui a donné un témoignage particulièrement vivant sur son activité.
Pour ma part, j’ai donné des informations sur mon propre parcours de résistant, en d’autres lieux, et sur les motivations de mon engagement.
De cette expérience vécue de rapports « intergénération », je dirai d’abord combien j’ai été surpris de l’intérêt porté par les enfants à nos témoignages, de la qualité des échanges ; surpris et ému des réactions d’une classe de Saint Martin d’Hères exprimées dans un document illustré remis à chacun des deux anciens résistants lors d’une présentation de travaux d’élèves en fin d’année scolaire.
En termes parfois naïfs, parfois plus réfléchis s’exprimait d’abord le choc émotionnel provoqué par nos échanges : « Je n’imaginais pas, écrit Alban, que les résistants étaient comme ça ». Et Nicolas : « Je parlerai de vous plus tard à mes enfants ».
Voilà, je pense, le premier niveau des rapports entre générations, ce contact affectif qui permet à chacun de soulever le masque, de faire que le courant passe, pour atteindre un second niveau, celui de la compréhension et de la réflexion.
« J’ai compris des choses que je comprenais pas » confie Marine.
De fait, au-delà des inévitables questions –« quelles armes aviez-vous pour tuer des ennemis ? Pourquoi votre pseudonyme ? »- les enfants ont compris ce qui motivait notre engagement et les valeurs auxquelles nous nous référions –la défense de la liberté, le rejet du racisme, l’aspiration à la justice sociale, entre autres.
Au-delà, certaines remarques écrites (celle d’Alexis « Vous avez résisté et maintenant vous êtes résistant » ou de Lucie « Cela m’a appris qu’il ne faut jamais abandonner ») ainsi que des dessins réalisés en classe montrent que nos jeunes interlocuteurs ont été sensibles à l’idée que résister devrait être un comportement permanent de l’individu.
Sans perdre de vue le climat particulier de ces contacts et de leur charge émotionnelle, je suis convaincu de la sincérité et de la valeur des ces échanges.
De quoi m’inciter à les renouveler l’an prochain. De quoi regretter aussi d’avoir négligé de les créer dans ma propre famille au cours d’une vie longue. La famille, en dépit de la crise qu’elle connaît, n’est-elle pas le premier lieu des contacts entre générations ?