INTERVENTION DU 16 OCTOBRE 2007
RESIDENCE INTERGENERATIONNELLE
présentée par Mr Perdrix,
un des initiateurs du projet mis en place en octobre 2006
1- Présentation de notre immeuble
L’immeuble en S, situé à Grenoble, au pied des tours est un immense immeuble composé de 2 copropriétés juxtaposées, datant de 1965 environ.
Il comprend 420 logements : uniquement des T3 et des studios (quelques T4 sont aux extrémités).
La population est conditionnée par ce type de logements :
Du fait qu’il n’y a que des T3, les familles nombreuses ne peuvent pas rester. Il y a donc relativement peu d’enfants dans notre immeuble.
Du fait d’un grand nombre de studios, il y a de nombreux étudiants.
Du fait de l’ancienneté de l’immeuble, une grande majorité des habitants a plus de 60 ans, dont beaucoup de femmes seules ou veuves.
2- Origine du projet
Trois personnes de notre immeuble ont participé au cours des années 2005-2006 à ce que l’on appelle « Les ateliers de la citoyenneté » sur le thème : « Les seniors dans la cité ».
Cette recherche nous a resensibilisés au problème du voisinage et donné envie d’agir.
Notre réflexion nous a amenés à chercher comment créer du lien dans un immeuble aussi vaste et notamment comment éviter que des personnes fragilisées par le temps et souffrant de solitude, se coupent des autres et finissent encore plus seules. (Nous connaissions des cas précis de personnes souffrant de dépression parce que trop seules).
En vous disant cela, j’ai conscience que nous ne sommes pas directement dans le thème de notre après-midi sur l’intergénération, du moins dans la phase actuelle de notre action.
L’important pour nous tous c’est « le vivre ensemble ». Il nous a semblé bon que pour permettre à des personnes fragilisées de s’insérer au mieux, elles puissent se retrouver dans des relations qui respectent leur histoire, leur parcours, leur rythme.
3- Octobre 2006
Le petit groupe des initiateurs envoie une invitation à tous les habitants de l’immeuble libellée ainsi :
« Plusieurs personnes de l’immeuble nous ont fait part de leur besoin de parler, d’échanger, de trouver éventuellement des partenaires pour jouer au scrabble ou au cartes. Ces demandes nous questionnent : pourquoi ne pas chercher ensemble ce que nous pourrions faire ? »
Nous nous sommes retrouvés 15 personnes (plus 3 qui se sont excusées mais se disaient intéressées).
L’initiative correspondait à quelque chose. Après un long échange, chacun s’est inscrit pour donner ses coordonnées et pour préciser ses attentes et ses propositions.
Plusieurs souhaitaient seulement des rencontres pour bavarder, échanger ; d’autres pour jouer au scrabble, pour faire des balades (« adaptées à nos forces »), des sorties au théâtre, etc …
Certaines personnes se sont proposées pour faire des courses ou rendre des visites à des voisins qui ne peuvent plus sortir.
Une personne nous invite à rejoindre son groupe de gym douce, une autre ne pouvant plus faire de balades (trop de chutes) souhaite créer un groupe de Taï Chi ; un médecin se propose de présenter des diapositives de ses missions passées à l’île Maurice…
L’imagination est au pouvoir !
4- Philosophie du groupe
D’un commun accord, il a été décidé de ne pas se créer en association, de garder un fonctionnement souple, sans structure et sans adhésion financière ; un groupe ouvert à tous où chacun peut apporter ce qu’il a envie d’apporter, dans le plus grand respect de l’autonomie personnelle. Nous privilégions les actions de proximité.
5- Décisions concrètes
Un habitant qui connaît tous les sentiers des environs de Grenoble nous propose un programme de balades pour le trimestre à raison d’une sortie tous les 15 jours, 2 heures de marche environ.
Une permanence est instaurée dans une salle du Centre Social qui jouxte notre immeuble, tous les 15 jours également, en alternance avec les balades : c’est un temps pour se rencontrer, échanger, faire le point, organiser des après-midis festives, etc …
6- Mise en actes
Les balades regroupent 6 personnes en moyenne (hier lundi nous étions 9).
Les permanences voient de 3 à 10 personnes. Aux après-midis festives, nous n’avons jamais été moins de 15.
Notre groupe grossit : en janvier 2007 : 30 personnes ont donné leurs coordonnées et dit leurs attentes et leurs propositions. Des liens se tissent, des visages se reconnaissent quand ils se rencontrent. Une dame récemment veuve dit combien le groupe de balades lui a permis de surmonter l’épreuve de la récente solitude et de ne pas se replier.
7- Septembre 2007
La question est posée à tous les habitants : « Est-ce-que cette initiative de rencontres vaut la peine d’être poursuivie ? » Si oui, venez en parler à nos retrouvailles le 26 septembre.
23 personnes répondent à l’appel dont 6 nouvelles qui ont rajouté leurs coordonnées. Dans une ambiance très conviviale et gourmande nous avons reformulé nos projets pour 2007-2008.
8- Bilan provisoire
A ce jour, 37 personnes se sont signalées et ont précisé leurs attentes et formulé leurs propositions. Ce sont en grange majorité des retraités : 4 couples, 27 femmes venues seules ou qui sont seules, 2 hommes seuls.
Si nos activités ne sont pas directement intergénérationnelles pour l’instant - mis à part l’apéritif des voisins qui permet de se retrouver une cinquantaine de tous âges - dans les échanges beaucoup évoquent leur rôle de grands-parents, leurs soucis pour les enfants, leur connivence avec les petits-enfants.
Certains ont encore leurs parents âgés. C’est là que l’intergénérationnel se vit le plus.
Il me semble que cette initiative crée une dynamique qui dépasse notre groupe. Cette prise de conscience, que le voisinage est peut-être un lien important qui nous relie et nous soutient, a des répercussions sur l’ensemble des habitants.
Une jeune maman vient nous solliciter pour lui trouver une baby-sitter et se propose de faire des courses.
Un jeune chanteur compositeur a invité les voisins de sa montée à un apéritif. Il a donné un aperçu des ses talents. Nous étions 16 chez lui.
Au mois de septembre, une habitante a rejoint une maison de retraite : un proche voisin a spontanément adopté son chien. Il lui amène presque tous dimanches, voire même partage le repas avec elle.
Ce sont ces mille riens qui font que l’autre devient un proche qui nous fait exister.
9- Projets
- A court terme, nous aimerions bien rencontrer les jeunes mamans avec leur progéniture au cours d’une après-midi festive. Evidemment ce sont les anciens qui sont demandeurs !
- A plus long terme, peut-être que le jour où la dépendance demandera de penser des services adaptés, il sera possible de faire appel à nos voisins les étudiants !
Je dis peut-être parce que nous n’en sommes pas là.
Nous suivrons la vie …