INTERVENTION DE JEAN GIARD
LE 28 MARS 2009
AUX OBSEQUES DE CLAUDETTE CHESNE
Chère Claudette,
C’est un témoignage très personnel que je vais présenter. J’ai voulu dépasser l’anecdote pour témoigner au fond de ce que fut notre cheminement commun dans l’accomplissement de nos responsabilités dans le domaine de la défense et de l’approfondissement des droits des personnes âgées. Ce témoignage dessine les contours de l’image que je garderai de toi.
Nous nous sommes rencontrés, il y a plus de dix ans, à l’occasion d’une mission que m’avait confiée Michel DESTOT maire de Grenoble : sauver la maison de retraite Hoche. Depuis nous ne nous sommes plus quittés.
En vérité, n’eut été cette opportunité, ni notre histoire, ni notre mode de pensée, ni nos engagements respectifs, ne nous prédisposaient à un tel cheminement, sans un accroc, sans l’ombre d’un différend, avec la volonté de rechercher toujours le consensus le plus large dans le respect de nos opinons respectives. C’est à cela que je veux d’abord rendre hommage : tu as su mettre ton intelligence, tes compétences, au service de l’intérêt général, avec une grande ouverture d’esprit sans jamais rechercher ni les honneurs, ni ton intérêt personnel, avec beaucoup d’abnégation.
C’est ainsi que tu as largement contribué à la création de l’association ALERTES, à son développement, à son audience dans le milieu de la gérontologie. Je sais pour en avoir souvent discuté avec toi ton attachement à l’originalité de cette association et à ce qui en constitue le fondement tel que nous l’avions conçu dans notre manifeste : L’accroissement de l’espérance de vie constituera pour le 21ème siècle un enjeu majeur.
Notre société se doit d’y répondre en référence aux valeurs fondatrices de la République : égalité, justice, solidarité.
Elle se doit aussi d’y répondre en prenant en compte à la fois les évolutions culturelles et sociales de cette population et sa grande diversité.
Dans ces conditions,développer une politique gérontologique, implique de considérer la personne âgée quelle que soit sa situation physique, sociale, ou psychique comme une personne avec tous les droits afférents à la personne, citoyenne à part entière, pleinement actrice de sa vie, pouvant choisir son lieu de vie ou de fin de vie ... et bénéficier des progrès en matière médical, social et autres ...
Tu as toujours été très sensible à l’innovation en matière de politique gérontologique : nous avons souvent évoqué les possibilités qu’ouvrait pour les personnes âgées l’utilisation des nouvelles technologies. Tu avais d’ailleurs quelques projets qui, je l’espère, verront le jour. Mais l‘innovation ce n’était pas seulement l’utilisation des nouvelles technologies, c’était d’abord le processus humain et collectif qu’implique toute mise en œuvre d’un projet innovant : l’inter génération, la citoyenneté, la démocratisation des institutions, la qualité de vie dans les établissements, ton combat pour l’évolution de la professionnalisation, l’amélioration des conditions de travail et de rémunération des personnels, la vie politique … voire religieuse … Je te sentais souvent impatiente de bousculer les choses. Tu voulais redonner du sens à la politique. Tu aspirais à une nouvelle conception de la société où, selon la formule de Monseigneur Albert ROUET, "l’argent ne s’érige plus en monde clos, et où l’homme, retrouvant sa fécondité sociale, c’est à dire sa capacité de construire une société humaine, soit au centre de tout."
Tu étais une femme engagée, une militante et une responsable de haut niveau sur le plan politique, associatif, social …
C’est de la nature de cet engagement dont je voudrais dire maintenant quelques mots :
E. MOUNIER disait de l’engagement : « Nous ne nous engageons jamais que dans des combats discutables sur des causes imparfaites. Refuser pour autant l’engagement, c’est refuser la condition humaine ».
Dans tes engagements multiples, tu n’as pas hésité à prendre les risques qu’ils impliquaient, ne pouvant te contenter de regarder passer l‘histoire sans te confronter toi même aux événements d’une époque marquée par de profondes mutations auxquelles tu étais particulièrement sensible.
Sur quel terreau s’est développée cette soif d’engagement ? Cette cérémonie religieuse que tu as voulue témoigne de ton attachement à une certaine conception de la religion, non pas comme un ensemble de rites, mais comme la relation entre les hommes. Tu as été une militante avec Serge de la Jeunesse étudiante chrétienne. Ayant eu l’occasion de m’entretenir avec toi de ces questions, tu as su lier laïcité et spiritualité, mettant en œuvre ces propos de Monseigneur DEFOIS : "Le Christ parle de réalités sociales, que ce soit à propos de l’argent, de la religion, du sort des pauvres ou des malades. Il intervient pour redonner un statut à ces gens marginalisés dans la société. Croire en l’Evangile marque notre vie collective et sociale. La foi ne peut être une question de pure intériorité entre Jésus et soi. Croire, c’est aussi vouloir que la société soit autre. Ce n’est pas faire de la politique au sens de la politique politicienne, mais c’est être homme ou femme, chrétien, citoyen dans le monde d’aujourd’hui."
Tu étais plus proche de la traduction du Sermon sur la montagne de l’Eglise de Palestine : « En marche les humiliés, les humbles, les assoiffés de justice, les faiseurs de paix », que le traditionnel « Bienheureux les pauvres ».
Chère Claudette, plutôt que de te dire adieu, je préfère te dire MERCI.