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Diogène juin 2006


 

Compte-rendu
 
J. GIARD est heureux d’accueillir les personnes qui se sont déplacées en cette fin d’après-midi (une soixantaine de personnes, dont une majorité de femmes de plus de 50 ans et des étudiants). Il les en remercie d’autant plus que cette réunion du CAFÉ DES ÂGES se tient en même temps qu’un évènement sportif incontournable, la coupe du monde de football ... La séance sera limitée à 1 h 30 : chacun rejoindra son domicile à temps pour boire à la santé des gagnants et suivre le match suivant !
 
Depuis que cette formule a été lancée, il y a environ une année, 400 Cafés des Âges ont été organisé en France. Aucun n’a mis cette question à l’ordre du jour, preuve, s’il en faut, de la nécessité de faire progresser les idées.
 
Annie MOLLIER, responsable de formation, ingénieur d’études au C.P.D.G. (Centre pluridisciplinaire de Gérontologie de Grenoble), ouvre le débat :
 
Des milliers de pages ont été écrites sur ce sujet :
 ... quelque soit notre âge, l’amour est nécessaire à notre existence. C’est un besoin fondamental de l’être humain ; même si chacun n’a peut-être pas la chance d’aimer et d’être aimé.
 ... l’amour est grand comme le monde, il peut prendre des formes bien différentes selon les personnes, selon les moments et les circonstances de notre vie.
… Mais il est aussi sujet de normes et de tabous dont celui lié à l’âge. L’amour quand on est vieux peut être perçu, hors la tendresse, comme indécent, voire impossible. L’amour serait-il interdit aux plus âgés d’entre nous dès lors que le corps, les corps s’en mêle et s’emmêlent…
 
Il n’est pas facile de parler d’amour : par pudeur, discrétion… Que chacun tente ici de le faire avec humilité et bienveillance à l’égard des autres.
 
En partant peut-être de ces questions simples :
… quel que soit notre âge, comment vivons-nous, comment voyons-nous l’amour ?
… comment les plus jeunes voient-ils l’amour des plus âgés et réciproquement ?
... pouvons-nous apprendre des autres lorsqu’il s’agit d’aimer ?
… y a-t-il un âge pour aimer ?
 
Pour J. GIARD, les personnes âgées aussi bien que les jeunes ont droit à l’amour. Encore faut-il que la société accepte ce droit au désir, ce droit d’aimer. Les personnes âgées ont droit au choix de leur lieu de vie, de fin de vie. Pourquoi pas le droit d’amour ? Dans les années à venir, se posera aussi la question difficile de l’homosexualité.
 
RÉFLEXIONS DE VIEUX
- L’amour, c’est comme un tableau avec beaucoup de couleurs... par exemple : le bleu pour la tendresse, le vert pour le plaisir...
 
- L’amour évolue : après 40 ans de mariage, on ne s’aime plus de la même façon.
 
- l’amour ne s’exprime pas seulement en un acte sexuel : on fait mal à l’amour si l’on se limite à la sexualité !
 
- Le désir n’a pas d’âge... la réalisation en a un ! Compte tenu des clichés véhiculés à notre époque, il faut être performant. D’où un sentiment d’échec...un sentiment de “n’être pas à la hauteur”.
 
- Il est possible de vivre un amour sexuel, même âgé : l’essentiel, c’est d’aimer. Mais alors, l’amour passe par un corps qui vieillit, qui est déprécié aux yeux de la société. Il faut aimer son corps tel qu’il est, s’aimer même quand le corps change.
S’aimer soi-même pour aimer l’autre.
 
- Chaque individu vit l’amour comme il le conçoit : c’est la liberté humaine.
 
- Il y a 30 ans, les choses étaient plus simples : la voie était toute tracée pour les jeunes femmes : amour, mariage, maternité... Nos générations étaient cadrées. N’oublions pas que la majorité légale est passée de 21 à 18 ans en juillet 1974, soit 3 années en moins à vivre sous la ferme tutelle des parents.
- Jadis, on ne parlait pas “amour” entre amis, souvent encore moins en famille.
 
- Ce qui est nouveau, c’est la notion de désir. Or, le désir fait partie de la vie.
 
- La personne âgée a le droit d’être reconnue comme une personne. Pourtant, que constate-t-on ?
 > une manifestation d’amour chez des personnes âgées entraîne souvent une réaction de dégoût ;
 > il arrive que des enfants interviennent brutalement lorsqu’ils constatent que leur mère - ou leur père - s’est pris d’affection pour un compagnon - ou une compagne - vivant dans le même établissement de retraite, et s’opposent à cette quête d’amour en changeant leur parent d’établissement. La personne âgée n’a-t-elle pas son mot à dire ? ses réactions sont celles d’adultes... elle a le droit d’aimer ! des contraintes familiales, sociétales limitent les conditions d’exercice de ce droit. La responsabilité des directeurs d’institution est en jeu dans ce problème difficile : comment accepter de telles décisions ? un vrai combat pour faire respecter le droit de la personne !
 > des problèmes similaires se rencontrent avec des personnes handicapées.
 > en institution, la personne âgée n’a pas le droit à la représentativité. Or, en tant que citoyenne (sauf en cas de problèmes psychiques reconnus), elle devrait avoir ce droit.
 > le remariage d’une veuve ou d’un veuf est difficile à vivre pour les familles... Intellectuellement, c’est simple.... chez les autres !
 
RÉFLEXIONS DE JEUNES...
- La génération actuelle des 30 ans est imprégnée des images renvoyées par les médias qui exercent une pression implicite à travers la publicité : il faut réussir sa vie sexuelle pour “s’épanouir” comme toutes les vedettes. D’où la question : “suis-je normal(e) ?”
 
- Que se passe-t-il chez le voisin ? ce sujet n’est pas abordé, même chez les jeunes. Une grande pudeur entoure les questions d’amour. Selon les milieux sociaux, ces questions sont abordées plus aisément. Les tabous dépendent de l’éducation. Dans ce domaine, les esprits, les comportements n’ont pas évolué !
 
- Les jeunes sont héritiers de la société bâtie par leurs parents. Il leur faut “faire avec”. Trop de liberté à notre époque ? On court après cette liberté à apprivoiser.
 
- Que cherche-t-on aujourd’hui ? le mystère de ce qui se passe dans la vie... un puits sans fond !
Le divorce des parents constitue une énorme souffrance.
 
ÉCHANGES...
- Une jeune n’a jamais rencontré de couples âgés qui se tiennent par la main.
 
- 50 ans séparent les jeunes rassemblés ici des plus âgés. Ces jeunes ont l’impression de ne pas vivre dans la même société...
 
- Les seniors ne comprennent pas davantage certaines attitudes de jeunes :
 > les façons de s’habiller, l’utilisation de la pilule, etc ... ne contribuent-elles pas à ce que l’amour soit banalisé, superficiel ?
 > aujourd’hui,” amour” rime avec “passion”.. ce qui n’implique pas la notion de durée. La vraie question n’est-elle pas : qu’est-ce qui est important et durable ?
  > les jeunes se projettent dans des “essais” ; tout est admis. Mais cette liberté dont ils ont héritée de leurs parents peut être bien lourde. La recherche est longue et difficile entre le mariage avec la route toute tracée, et la quête incessante. Les mariages durent peu ; les séparations deviennent de plus en plus fréquentes. On a l’impression que certains ne savent plus ce qu’est l’amour.
 > la responsabilité des parents : comment transmettre aux plus jeunes des témoignages sur l’amour ?
 
UN RAPPROCHEMENT ENTRE GÉNÉRATIONS : DES RAISONS D’ESPÉRER

J. GIARD et A. MOLLIER concluent la soirée :

En 25-30 ans, la société a évolué. Mai 1968 a beaucoup fait progresser. Mais cette société est pleine de contradictions. Il faut évoluer, faire évoluer, vivre ensemble. Pour cela, il faut dépasser la critique pour aller à la rencontre de l’autre et s’efforcer de le comprendre. Il y a quelque chose à construire, quelque chose qui est en train de se reconstruire... Une nouvelle façon de s’aimer.
 
La question abordée ce soir comporte beaucoup de richesse, d’émotion. Des mots forts ont été prononcés : liberté, quête d’amour. Que peut-on apprendre les uns des autres ?
 
C. COLLET

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