L’INTERGÉNÉRATION : UNE UTOPIE RÉALISTE ?
compte-rendu de la 1/2 journée d’étude
du 16 octobre 2007
Mme Claude WEERS, Présidente du CLARG, ouvre cette 1/2 journée d’étude. Comment a-t-elle été préparée ? Depuis une année, une vingtaine de personnes s’est réunie, chaque mois, à l’initiative du CLARG et de l’association ALERTES. En liaison avec des professionnels et des institutionnels, le groupe a réfléchi à l’idée d’intergénération, à notre époque qui présente des aspects inconnus jusqu’alors, du fait, notamment, de l’allongement de la durée de vie.
On peut distinguer 6 tranches d’âge :
- les enfants et les jeunes, nés à l’ère des nouvelles technologies... télécommande, téléphone portable, souris à la main...
- les 18 - 30 ans en recherche d’insertion,
- les 30 - 45 ans : ceux-ci sont actifs, sollicités de toutes parts ; ils portent l’essentiel de l’activité économique... et son stress,
- les 45 - 60 ans forment la “génération sandwich” : d’une part, les entreprises ont tendance à les marginaliser ; d’autre part, ils doivent souvent prendre en charge à la fois leurs enfants-adultes en difficulté d’insertion et des parents âgés,
- les nouveaux retraités, généralement en bonne santé : ils sont consommateurs, mais aussi soucieux d’être utiles à la société, et cet aspect n’est pas négligeable !
- les personnes les plus âgées, généralement à partir de 75 ans : leur nombre croît d’année en année. Seraient-elles la source de tous les maux ?
Comment maintenir et améliorer les relations entre ces groupes d’âge et intérêts ou activités si diverses ? Tel est le thème de réflexion de cette manifestation.
Gérard LANSCOME , sociologue, présente les intervenants ; il sera modérateur.
M. Jean-Michel CAUDRON est consultant en ingénierie gérontologique ; il intervient en FRANCE notamment pour instaurer et développer le concept de CAFÉ DES ÂGES dans le cadre de l’association “VIEILLIR, CEST VIVRE”, et en BELGIQUE celui de “CAFÉ GÉRONTO”.
Qu’est-ce que l’INTERGÉNÉRATION ? sous le terme de “génération”, on rassemble les personnes d’une même tranche d’âge. Mais, question suivante : l’âge, c’est quoi ? A partir de quand peut-on affirmer que des personnes telles que Jeanne CALMENT, Denise GREY, Antoine PINAY ont été “vieilles” ou “vieux”, si l’on regarde la force de vie qui les a animés ? Certains jeunes de 20 ans ne sont-ils pas déjà des “vieux” ? La vieillesse commence-t-elle lorsqu’on est retraité d’un âge moyen... quand on est classé par des experts comme T.G.V., c’est-à-dire “Très Grand Vieux” ?
La notion de “grand âge” est toute relative :
- il y a une trentaine d’années, il pouvait s’atteindre à 65 ans ;
- il y a 15 ans, on parlait de 75 ans ;
- aujourd’hui, on avance ... 85 ans ! l’âge moyen d’entrée en maison de retraite.
Le temps de vie en bonne santé augmentant plus vite que l’espérance de vie, ce “grand âge” se manifestera-t-il demain à partir de 95, voire 100 ans ? Comment vivre, éventuellement cohabiter, à 4, 5, voire 6 générations dans sa famille, sa cité ? Une approche sociologique et démographique du vieillissement permet de dégager deux aspects importants à traiter :
- la génération “sandwich”, ou encore “sacrifiée” : celle des 55 - 70 ans. Elle a parfois 3 générations en charge :
> des parents et/ou beaux-parents en perte d’autonomie,
> des grands enfants en cours d’étude ou au chômage,
> des petits-enfants dont on s’occupe le soir, les mercredis, pendant les vacances de courte durée.
- l’évolution de la culture des différentes générations de retraités, la cohabitation entre ces différentes cultures...
Ce qui est important, c’est le “PROJET DE VIE” de l’individu, ou son “PROJET À VIVRE”. Ce projet de vie peut se réaliser sur 5 niveaux : psycho-affectif, social, santé, habitat, économie. L’acteur gérontologique, qu’il soit professionnel, élu, bénévole, doit se poser la question de savoir comment DONNER ENVIE DE VIVRE, comment soutenir le retraité dans l’optimisation de son projet de vie....
Quels outils préconiser ?
- En Belgique, depuis 2004, les “cafés géronto” répondent à des commandes institutionnelles.
- En France, depuis 2005, les “cafés des âges” se sont développés rapidement ; ils sont portés par l’association nationale “VIELLIR C’EST VIVRE” et plus particulièrement à GRENOBLE, par l’association ALERTES.
L’intergénération la plus réussie n’est-elle pas lorsqu’il n’y a plus besoin d’en parler ? Ne vaudrait-il pas mieux parler de VIVRE ENSEMBLE À TRAVERS NOS ÂGES.... En Isère, comment l’association ALERTES pourrait-elle se positionner pour développer ce principe ?
M. Jacques BAROU est ethnologue, Directeur de Recherche au CNRS, enseignant à l’Institut d’Etudes Politiques de GRENOBLE et à l’Université de LYON 2. M. BAROU observe la France sous son aspect multiculturel : comment se passent les relations entre générations, quelles sont les différentes formes de vieillissement ? Il met en évidence une tendance à idéaliser ce type de relations dans les sociétés traditionnelles.
Certaines sociétés en AFRIQUE ou en ASIE, accordent un rôle important à la personne âgée et lui maintiennent un statut prestigieux. Cela résulte d’un fond de croyance religieuse : on devient “ancêtre” à travers la mort ; on a, envers les vivants, une action bénéfique ou maléfique. Le respect que l’on manifeste aux vieillards tient beaucoup plus à la peur des ancêtres qu’ils vont bientôt devenir après leur mort qu’à une vénération spontanée. Néanmoins ces sociétés sont organisées de manière à ce que l’individu atteigne au fil des âges des fonctions de plus en plus prestigieuses. Ainsi, dans certains pays d’Afrique ou de l’Océan Indien, les enfants vivent en collectivité, répartis par classes d’âge. Des rituels sont observés lors de chaque passage dans une classe supérieure avec des tâches de plus en plus prestigieuses : les 10 - 12 ans sont affectés à l’entretien du village ; après 12 ans, ce sont les corvées d’eau, de bois ; puis, l’adolescent ayant acquis plus de forces physiques va travailler dans les champs collectifs. Plus tard, il suivra un apprentissage dans les métiers des armes et sera initié à la vie politique. A 50 ans, l’homme est un vieillard : il devient chef politique de la communauté.
Cette structure est acceptée aussi longtemps que les individus ne connaissent rien d’autre. Les jeunes, maintenant, refusent tout rituel coercitif ; ils ne veulent plus attendre ; ils refusent l’autorité. Le lien social se défait. Les sociétés trop conservatrices se fragilisent de plus en plus face à une société en pleine évolution. Les rapports d’estime réciproque sont assimilés à des comportements obsolètes. L’exode rural qui a pris des proportions énormes contribue à accentuer la disparition des vieilles sociétés fondées sur le pouvoir des anciens.
En France, la perte de contact entre générations se manifeste particulièrement chez les maghrébins hébergés dans les centres SONACOTRA (désormais dénommés ADOMA). Pourquoi les chefs de familles n’ont-ils pas fait venir épouses et enfants lorsqu’ils sont venus travailler en France ? Ils ont jugé la civilisation française trop permissive. A la retraite, ils ne rentrent pas dans leurs pays, car les rapports entre eux et les leurs ont évolué : il y a un renversement des valeurs traditionnelles ; la notion de respect des enfants envers le père a disparu. Les relations dans le couple, avec les enfants sont devenues de plus en plus conflictuelles. De plus, ce père était le bienvenu lorsque, en tant que salarié, il faisait bénéficier les siens de ressources appréciées ; à la retraite, il ne dispose plus de revenus jugés suffisants. Des raisons de santé jouent également dans ce choix de ne pas rentrer : pour ceux qui sont malades, l’accès aux soins est considéré comme meilleur en France. Une grande souffrance affective en découle pour les intéressés : avec l’éloignement s’est développée une culture de nostalgie... Ils sont déphasés, n’ont pas vu l’évolution en marche ; ils se sentent exclus.
Ainsi, ne faut-il pas idéaliser trop vite les relations traditionnelles entre les générations : elles étaient collectives, de proximité, d’obligations d’entraide souvent contraintes ; elles évoluent inéluctablement dans un contexte culturel mondial de développement de l’individualisme et d’atomisation des liens sociaux.
La sociologie ne s’est pas penchée sur le concept de générations. La question posée dans cette demi-journée d’études, est révélatrice d’une société qui cherche à se penser à partir d’autres formes de stratification. Les retraités actuels, de tous milieux sociaux, font figure de génération privilégiée, par opposition aux autres classes d’âge, touchées par le chômage et la précarité de l’emploi.
Allons-nous vers une lutte des âges, qui se substituerait à la lutte des classes ?
M. Maurice BONNET est membre honoraire du Conseil Économique et Social et ancien vice-président du Comité National des Retraités et Personnes Âgées.
Ne cherchez pas, dans un dictionnaire, la signification du mot “intergénération”... Il n’y figure pas ! Pourtant ce terme existe depuis longtemps : il représente la solidarité entre les générations. Cette solidarité se manifeste dans le monde paysan, dans le monde ouvrier. Rappelons que les premières mutuelles d’entreprises ont été créées à GRENOBLE, en particulier dans la ganterie.
En 1945, le Conseil National de la Résistance avait une vision universaliste de la solidarité. Mais des pressions se sont exercées. 4 risques ont été reconnus, lors de la création de la Sécurité Sociale : santé, accident de travail, vieillesse, famille. Mais rien n’a été prévu pour les risques handicap, perte d’autonomie (quel que soit l’âge de la perte d’autonomie).
Commerçants et artisans n’ont pas voulu de la Sécurité Sociale ; de même pour les professions libérales. On a donc créé des régimes spéciaux. Les Cadres ont réclamé le plafonnement des cotisations sociales, etc...Le corporatisme a occulté la vision universaliste du C.N.R.
Aujourd’hui, des modifications importantes sont en cours du fait du chômage, de la mondialisation. Et puis, « on a tort de vivre vieux » ! Il faut envisager d’autres solutions. Un constat : la perte d’autonomie est en charge de l’aide sociale. C’est un regard d’aide sociale, et non de sécurité sociale, qui est posé sur les anciens et sur les nouveaux handicaps. Le handicap ne fait pas partie de la normalité. La normalité, c’est produire - ce qui ne peut venir des vieux, des handicapés -, c’est consommer.
Les Conseils Généraux portent la responsabilité de cette situation. On ne se bat pas, on assiste à des aberrations. Pourquoi l’APA n’est-elle pas universelle : des différences sont manifestes entre les départements... On maintient des inégalités. L’instauration du Lundi de Pentecôte représente-t-elle une solution ? On déshabille la Sécurité Sociale au lieu de l’étendre.
Nous voulons une véritable solidarité ; nous devons prendre nos responsabilités et lutter pour une prise en charge de tous les risques de la vie : pas de victoire sans combat. Et n’oublions pas : nous œuvrons pour nos petits-enfants....
ÉCHANGES D’EXPÉRIENCES ET TÉMOIGNAGES
M. André WEERS présente LE TUTORAT D’INSERTION
Depuis une dizaine d’années, une petite équipe de retraités se réunit tous les 2 mois : ces retraités prennent en charge des adolescent(e)s - de 16 à 18 ans - sous mandat de justice, en collaboration avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse (P.J.J.), dans le but de donner ou redonner à ces jeunes un pôle d’intérêt dans la vie, les rendre autonomes, les conduire vers un métier. Ils exercent un soutien scolaire individualisé et un tutorat d’insertion professionnelle. Ils les accompagnent au fil des années, exerçant ainsi souvent un rôle de suppléance parentale ou grand-parentale. Ils sont en liaison avec des entreprises pour trouver des stages, voire - cela est arrivé - un contrat en alternance, dans les métiers de mécanique-auto, espaces verts, bâtiment, restauration. Ces contacts, cette écoute permanente ont permis à l’équipe de discuter de sujets tels que le sens de la vie, l’argent, les relations avec les parents, la sexualité, etc... et de découvrir la souffrance de ces jeunes.
Une bonne relation exige un but commun, quelque chose à faire.
M. Jean-Noël PERDRIX, Président de l’Association “VIVRE AUX VIGNES, et co-animateur des ATELIERS DE LA CITOYENNETE sur le thème : “Habitats et âges de la vie”.
M. PERDRIX habite l’immeuble en S, à GRENOBLE, depuis 1989. Cet immeuble comprend plus de 400 logements, uniquement des T3 et des studios : il est occupé par des familles, des femmes seules, des étudiants. Peu d’enfants dans ces petits logements. La majorité des propriétaires est âgée de plus de 60 ans.
En 2005/06, des seniors de l’immeuble ont réfléchi à la façon de créer des liens entre les occupants, en organisant des activités souhaitées par les uns et les autres (ballades, jeux, échanges, visite de personnes seules...). Il a été décidé de garder une structure souple, évitant la création d’une association avec ses adhésions... etc..
Au départ, 15 personnes ont manifesté leur intérêt pour la démarche ; elles sont une quarantaine aujourd’hui. Leur attente d’un lien entre voisins n’est pas toujours formulée, mais elle est réelle. Des rencontres festives ont lieu au Centre Social tout proche.
En 2007-2008, de nouveaux projets sont en cours. Peu à peu, des contacts se prennent entre les uns et les autres : une jeune maman fait part de sa recherche d’une baby-sitter, un jeune propriétaire, musicien, invite ses voisins de montée à un apéritif chez lui, etc... Un climat de bon voisinage s’instaure progressivement et les possibilités d’aide réciproque s’envisagent, notamment avec nos voisins étudiants.
Mme Françoise COLOMBEL est coordonatrice de l’association D.I.G.I. (Domicile Inter Générations Isérois)
L’association D.I.G.I. a été créée en juin 2005, à l’initiative de Mme G. PÉREZ, Vice-Présidente du Conseil Général, avec le soutien de plusieurs partenaires : CCAS, CROUS, Grenoble Université, PACT de l’Isère, Crédit Mutuel, caisses de retraites, etc... Les objectifs de l’association sont
- la lutte contre l’isolement de personnes âgées,
- l’aide à la recherche d’un logement pour des étudiants.
Ainsi l’association va-t-elle permettre à une personne âgée de rencontrer un(e) étudiant(e) : la première va offrir le gîte ; l’autre, au delà de sa présence, va rendre quelques services préalablement définis (présence vigilante, partage de moments conviviaux, petites courses, etc...), sans se substituer aux services d’aide à la personne. Une charte et une convention sont signées entre les intéressés.
La présence d’un jeune apporte un sentiment de sécurité à la personne âgée ; elle se sent utile et retrouve un rôle dans la société. Pour elle, le temps est à nouveau structuré. Quant au jeune, il apprécie en général le fait de disposer d’un logement décent lui permettant d’étudier dans de bonnes conditions, et de ne pas se retrouver seul en dehors du temps de ses études.
- 80 adhérents en septembre 2007.
En règle générale, les intéressés sont satisfaits de cette formule, même si, inévitablement, des remarques mineures sont formulées.... des cheveux trouvés dans le lavabo... trop de livres qui risquent d’entrainer l’effondrement d’un plancher... le récit, moultes fois entendu, de l’achat d’une 2 CV...
M. Jean-Claude CHERHAL, secrétaire administratif d’ALERTES, évoque les CAFÉS DES ÂGES EN ISÈRE
L’initiative des CAFÉS DES ÂGES revient à l’association nationale “Vieillir, c’est vivre, dites-le !”, fondée et présidée par Mme Paulette GUINCHARD, ancien ministre aux personnes âgées, députée PS du Doubs, avec M. Denis JACQUAT, député UMP de Moselle. Elle consiste à rassembler des personnes d’horizons différents pour discuter de questions susceptibles de les intéresser, quel que soit leur âge, leurs origines, etc...
A ce jour, 8 CAFÉS DES ÂGES se sont déroulés à GRENOBLE (à la Table Ronde, au Tonneau de Diogène, au Village Olympique, dans le quartier Saint-Laurent) et dans l’agglomération (EYBENS, SEYSSINS). Ces rencontres ponctuelles se déroulent dans une ambiance décontractée - de préférence dans un café -. On discute alors, en présence d’un animateur - d’une façon informelle ou à partir d’un thème préalablement choisi et préparé - de la possibilité de mieux vivre entre générations.
Quelques exemples d’axes de réflexion :
“amour(s) de jeunes, amour(s) de vieux”,
“la solitude, amie ou ennemie ? comment l’apprivoiser ?”
“hier, aujourd’hui, demain : les temps qui changent...”.
Pour les préparer, ALERTES se met en contact avec les associations du quartier, les communes, les M.J.C., des clubs de sports, des associations de parents d’élèves, d’étudiants, etc ... pour pouvoir inviter tous les âges.
Les CAFÉS DES ÂGES rassemblent entre 30 et 100 personnes, dont, en général, un quart de jeunes de moins de 35 ans. Trois CAFÉS sont en cours de préparation à EYBENS, SEYSSINET, SEYSSINS.
ALERTES accueille et soutiens toute demande d’organisation de ce type de rencontres !
Mme Françoise RIEKEL est responsable de l’ATELIER D’ÉCRITURE, “Vivre avec les mots”, mis en place par le CCAS de SEYSSINS.
En quoi consiste cette initiative ? F. RIEKEL rassemble, 2 fois par mois, une dizaine de personnes âgées de 65 à 85 ans. But de la rencontre : que ces personnes écrivent ensemble pour laisser une trace de ce qu’elles ont vécu, de ce qu’elles vivent.
Dans un premier temps, les participantes choisissent un mot, un titre, ou une histoire, par exemple : la vie d’une robe de mariée... Elles vont alors imaginer puis élaborer un texte sur ce sujet. Un thème est choisi dans une deuxième phase : un voyage (récent ou ancien), un vieux métier ou un métier contemporain, etc... Le CCAS de SEYSSINS fait publier un recueil d’une cinquantaine de pages de ce qui est écrit.
Ces textes sont mis en scène par de jeunes acteurs et des seniors et présentés, lors de la Semaine Bleue. En 2006, ce fut sous le titre “Perles d’histoires”. En 2007, ce sera “Le TOURBILLON DE LA VIE”, le 20 Octobre, à l’Espace SCHOELCHER. C’est une expérience intergénérationnelle, dans le cadre d’un atelier gai, convivial, plein de fantaisie !
M. Pierre DURAND, Président de la Fédération Départementale des Aînés Ruraux de l’Isère
En tant que H.E.C. - traduisez diplômé des Hautes Etudes Communales -, M. DURAND ne croit pas à l’extraordinaire. Au sein de la Fédération, qui compte 177 clubs fédérés et 12600 adhérents, on pense que créer du lien, transmettre, c’est un devoir citoyen. Les clubs sont invités à développer l’intergénération sur l’idée que “nous sommes les grands-parents de nos villages”. Quelques exemples :
- parler avec les enfants de l’école du village de la scolarité d’autrefois, évoquer le feu de bois dans les classes que les élèves de service entretenaient, surveillaient... cela les fait rire !
- raconter les veillées pour “débourrer les maïs”, la fin des moissons, les vendanges ..
- aller à la fête de l’école du village et faire venir des enfants pour chanter à la fête des anciens, etc...
- trouver des solutions à quelques problèmes de co-habitation : ainsi, l’exemple de ces jeunes qui, le mercredi, faisaient un bruit infernal avec leurs mobylettes à proximité des joueurs de boules... ceux-ci ont choisi, tout simplement, un autre jour pour se retrouver !
La grande histoire se construit avec de petites histoires. Finalement, l’intergénération ou le bien-vivre en harmonie, c’est faire ensemble tout ce qui ne s’achète pas.
M. Vincent RIALLE est maître de conférences-praticien hospitalier à l’Université Joseph Fourrier et au CHU de GRENOBLE dans le domaine de l’informatique médicales et des gérontechnologies(www-timc.imag.fr/Vincent.Rialle).
Membre du Laboratoire TIMC-IMAG (UMR UJF/CNRS 5525), il est également secrétaire général de la Société Française de Technologies pour l’Autonomie et Gérontechnologie (SFTAG) et membre du Laboratoire d’Ethique Médicale de l’Université René Descartes PARIS 5. Il est l’auteur d’un important rapport sur les “Technologies nouvelles susceptibles d’améliorer les pratiques gérontologiques et la vie quotidienne des malades âgés et de leur famille”
(www.personnes-agees.gouv.fr/point_presse/rapports/rialle/rapport.pdf).
ECOVIP (Espace COmmunicant VIsioPhonie) est un système de visiophonie tactile interactive innovant visant à favoriser le lien social et médical des personnes âgées en perte d’autonomie (également utile à toute personne grâce à sa conception “design for all”. Il s’agit d’un logiciel de communication particulièrement ergonomique, adapté aux caractéristiques et difficultés des personnes des 3ème et 4éme âges, peu onéreux, utilisant un système d’écran tactile afin d’éviter l’usage du clavier (reconnu comme un frein important à l’accès aux services en ligne).
Ce dispositif a également pour finalités de favoriser la coordination de soins, faciliter la coopération et la communication entre les différents acteurs mobiles impliqués dans le maintien à domicile des personnes âgées en perte d’autonomie, et alléger le fardeau de l’aidant naturel (cas des malades Alzheimer). Il vise également à compléter utilement un dispositif de téléassistance en cas de chute ou de malaise, ou de suivi à distance de paramètres biologiques ou actimétriques.
Ce dispositif a été conçu et mis au point par une étudiante en thèse d’informatique, Abir GHORAYEB, sous la direction de V. RIALLE (Laboratoire TIMC-IMAG) et la co-direction de Joëlle COUTAZ (Laboratoire CLIPS-IMAG) de 2002 à 2007.
M. Fernand LAPORTE est ancien résistant
Ancien Résistant 1940-45, M. LAPORTE a éprouvé le besoin, au soir de sa vie, de faire part à des enfants de cette période fondamentale de son existence. C’est dans cet esprit qu’il a participé à l’action conduite en milieu scolaire par la Ligue de l’Enseignement sous l’appellation “RÉSISTANCES EN CHEMIN”. Il s’agit de randonnées thématiques sur des sites de la Résistance, permettant à des élèves de CM1, CM2, 6ème de rencontrer d’anciens résistants et de recueillir leurs témoignages. Laissons-lui la parole :
“Après plusieurs semaines de préparation, une journée s’est déroulée, en juin 2007, à AUTRANS, sur le Plateau de GÈVE, lieu d’implantation d’un maquis du Vercors. Une centaine d’élèves y participaient, accompagnés d’enseignants. Marc SERRATRICE, ancien responsable de ce maquis, et moi-même avons donné un témoignage de notre activité dans ce contexte, sur les motivations de nos engagements. “
“J’ai été surpris de l’intérêt porté par les enfants à ces témoignages, de la qualité des échanges, des questions posées sur les armes, les pseudonymes, etc...Les enfants ont compris les valeurs de référence : défense de la liberté, aspiration à la justice sociale, rejet du racisme. Parfois en termes naïfs, parfois en termes plus réfléchis, ils ont exprimé le choc émotionnel ressenti lors des échanges. Quelques réflexions relevées : “Vous avez résisté, et maintenant vous êtes toujours “résistant”, “cela m’a appris qu’il ne faut jamais abandonner”, “je n’imaginais pas que les résistants étaient comme çà !” , “je parlerai de vous, plus tard, à mes enfants”. Ces réflexions, les dessins qu’ils ont réalisés à la suite de cette journée montrent que ces jeunes enfants ont été sensibles à “l’idée que la résistance est un engagement permanent de l’individu”.
Malgré le climat particulier de cette rencontre et la charge émotionnelle qui s’en est dégagée, sincérité et valeur des échanges sont indéniables ... M. LAPORTE s’en trouve conforté dans l’idée de renouveler ces rencontres l’an prochain et de créer aussi des liens au sein des familles, premier lien entre générations.
Mme Céline ETELLIN de la Ligue de l’Enseignement de l’Isère coordonne l’action “LIRE ET FAIRE LIRE” dans notre département.
L’idée est simple : des retraités bénévoles offrent de leur temps libre pour lire des histoires à des enfants de 5 à 8 ans. Les séances se déroulent dans les écoles, pendant le temps scolaire ou péri - scolaire.
Il ne s’agit ni d’apprendre à lire, ni de se substituer à l’école, mais de donner aux enfants le goût de lire et de leur faire découvrir la littérature jeunesse. L’enfant découvre que Lire n’est pas seulement utile mais peut être un plaisir.
Lire et faire lire donne des espaces de vie aux relations intergénérationnelles, c’est le partage d’un parcours de vie à travers la découverte d’un livre, en permettant chaque semaine la rencontre de l’univers des enfants et de celui des personnes âgées.
La Ligue de l’Enseignement de l’Isère souhaite développer cette action. Pour cela, il faut, d’une part, ouvrir cette activité dans de nouvelles écoles et, d’autre part, accueillir de nouveaux retraités intéressés. Les nouveaux bénévoles se verront offrir plusieurs formations notamment à la lecture à voix haute et à la littérature jeunesse.
“Lire et faire lire” est un réseau dynamique.... Appel est lancé à de nouveaux retraités ! Pour tous renseignements : 04 38 12 41 44.
DANS LE DEBAT, En réponse à la question posée par un jeune retraité à la suite d’un plan social : que faire pour éviter de se sentir inutile socialement ? Où trouver un endroit avec des liens ? Existe-t-il une réelle information sur les possibilités de rencontres, d’activités à GRENOBLE ?
Mme Madeleine BOUVEROTpense que l’UIAD (Université Inter Ages du Département) répond à cette attente. Elle offre à ses adhérents des activités très diversifiées. Ses enseignants sont bénévoles. Activités et bénévolat sont au service des citoyens.
Le 3ème âge est devenu consommateur : de plus en plus souvent, les adhérents à l’UIAD viennent y “acheter” des loisirs... ce qui n’était pas le cas il y a encore une dizaine d’années. La personne âgée doit se prendre en charge !
M. Robert VILLE, Président de “L’OUTIL EN MAIN DAUPHINÉ” présente aussi son association : des retraités bénévoles initient des jeunes de 9 à 14 ans à des métiers manuels divers. Actuellement, les ateliers suivants fonctionnent : couture, cuisine, menuiserie, carrelage, électricité, métallurgie. Pour être rationnel, il faut un maximum de 3 enfants par atelier. Ceux-ci fonctionnent, en règle générale, le mercredi après-midi ou le samedi. En principe, les enfants participent à tous les cours sur une ou deux année(s) scolaire(s).
Cette association constitue un lieu d’échange entre jeunes et anciens. Les jeunes peuvent y découvrir un métier qu’ils choisiront d’exercer. Les retraités restent en contact avec les jeunes, leurs préoccupations, leur vie...
M. VILLE lance un appel aux retraités qui aimeraient faire partager leur savoir à des jeunes adolescents : l’association a la possibilité de créer de nouveaux ateliers ... Que les intéressés se manifestent auprès de lui (une documentation est à disposition) : ils seront bien accueillis et participeront à une activité enthousiasmante.
Mme Martine ZAZA rappelle que le CCAS de GRENOBLE est attentif au problème de prévention du vieillissement : des sorties, des groupes de vacances, des séances de lecture à domicile, etc... sont organisés tout au long de l’année. Il faut revaloriser les personnes âgées qui ont tendance à penser : “je sers à quoi ?”. Pour cela, le CCAS soutient toute initiative tendant à créer une vie de quartier. Comme toute relation, cela se construit, autour de projets concrets. Lorsque des liens sont créés, c’est pour longtemps. Reste un problème : celui de connaître les personnes âgées non connues des services sociaux, dont on peut penser qu’elles vivent une grande solitude.
M. Jean GIARD, Président de l’association ALERTES, apporte la conclusion de cette demi-journée d’échanges sur l’INTERGÉNÉRATION. Il remercie :
- les participants à la Table Ronde, qui sont intervenus à titre bénévole,
- le CLARG et la METRO qui ont participé à la préparation des débats et en ont soutenu l’organisation.
Il rappelle que la METRO organise, le 7 Décembre prochain, à la MC2, un forum : sur le thème : “SCIENCE ET DÉMOCRATIE”.
L’INTERGÉRATION ? UN DEFI QUI OBLIGE A DES CHOIX POLITIQUES ET QUI DEVRAIT IRRIGUER UN PROJET DE SOCIETE ...
UN DÉFI : En quoi est-ce un défi ? Un monde inédit où les plus de 65 ans seront plus nombreux que les moins de 20 ans et auront devant eux une espérance de vie de près d’un quart de siècle... C’est donc une société qui vieillit, c’est-à-dire une société qui ne meurt pas mais qui évolue, à la condition toutefois que :
- le vieillissement soit considéré comme une ressource à valoriser et non pas comme un handicap,
- les personnes âgées puissent jouer pleinement leur rôle de citoyen,
- dialogue et solidarités entre générations soient au cœur de la société.
Dans ce contexte, les personnes âgées ont évolué : leurs attentes, leurs besoins, leurs potentiels ont changé. Elles veulent continuer à être actives, à rester utiles à la société, pouvoir réaliser des projets personnels, avoir un rôle social... Longtemps, le départ à la retraite a été considéré comme la préparation à la mort. Au moment où a été créée la retraite à 65 ans, la durée de vie moyenne était de 62 ans. Nous n’en sommes plus là. Mais la cessation d’activité est vécue différemment selon les personnes, leur vécu, leur histoire, leur culture, leur place et leur rôle dans la vie active, leurs responsabilités..... Attendue avec impatience, elle peut être, pour d’autres, une épreuve douloureuse, la question principale étant celle de son utilité, avec le sentiment de n’être plus bon à grand chose.
En même temps, les enquêtes d’opinion montrent qu’avec la longévité, la retraite conçue comme une période de repos s’est amoindrie pour une plus forte implication en termes d’utilité sociale, sous la forme du bénévolat associatif, d’engagement dans la vie publique, ou dans la charge de responsabilités familiales en direction des ascendants et des descendants.
Les solidarités familiales ont également évolué. Comme l’ont montré les interventions relatant diverses formes d’actions intergénérationnelles, les solidarités extrafamiliales sont de plus en plus répandues. Comme le dit Mohammed MALKI, directeur d’ACCORDAGES, “le charme de la rencontre ne suffit pas”. Les actions intergénérationnelles sont hétérogènes et se développent de plus en plus en dehors des sentiers traditionnels du soutien scolaire et de l’animation des institutions pour personnes âgées.
Tous les domaines de la vie en société sont concernés : les logements, les transports, la culture, l’utilisation des nouvelles technologies... Le développement durable a une dimension intrinsèquement intergénérationnelle. C’est le sens du texte élaboré par la commission “SOLIDARITÉ INTER GÉNÉRATION” de l’Association ALERTES que vous pouvez vous procurer. Ce texte est en attente de vos amendements.
Répondre à ces défis oblige à faire des choix politiques
Phénomène de société à part entière, l’intergénération, facteur de cohésion sociale, implique des choix politiques. Ces choix ne peuvent être fondés que sur la notion de solidarité qui, elle-même, nous renvoie à l’interdépendance entre générations.
Ces choix sont de vrais choix de société : financement des retraites, de la Sécurité Sociale, de la dette publique, cinquième risque, emploi, politique de la ville... développement durable, avenir de la planète...
Autant de questions qui sont à la fois cause d’inquiétudes - : nous vivons une époque de mutations profondes dont on ne peut encore mesurer toutes les conséquences ; nous avançons sous le signe d’incertitude - et qui font appel, pour y répondre, à un grand esprit de responsabilité au sens où le philosophe Emmanuel LEVINAS l’explicitait : “la responsabilité, c’est prendre sur soi le destin d’autrui”.
C’est pourquoi, l’intergénération devrait irriguer tout projet de société.
En effet, le processus intergénérationnel va s’imposer comme mode de vie à notre société. L’inter génération n’est plus uniquement l’affaire des acteurs gérontologiques et des associations de retraités. Elle n’est pas non plus un domaine particulier aux côtés des autres. Elle suppose la mise en œuvre d’une démarche qui privilégie la transversalité. Quand on commence par traiter les vieux comme des gens à part, on finit logiquement par les mettre à part... et, ce faisant, par aboutir à une société qui, loin d’être celle dont nous pouvons encore rêver, où chacun se sentirait solidaire de tous, serait composée de strates superposées sans lien les unes avec les autres, voire opposées...
On mesure ainsi l’ampleur et la nouveauté des questions posées dans le cadre de cette demi-journée d’études. Celle-ci doit avoir des prolongements sur les politiques publiques et sur les comportements citoyens.
Dans cette perspective, ne devrions-nous pas envisager
de tenir à GRENOBLE des ASSISES DE l’INTER GÉNÉRATION ?
Jean GIARD, Président d’ALERTES
Jean-Claude CHERHAL, animateur de la Commission Intergénération,
organisateur de la 1/2 journée d’études.
Compte-rendu réalisé par Christiane COLLET, Secrétaire d’ALERTES